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Enquête. Ces chantiers qui polluent

  • 19 Juin 2012
  • Par : Soufiane Chakkouche

Enquête. Ces chantiers qui polluent

(TNIOUNI)

Casablanca, Marrakech, Tanger… toutes les villes marocaines et leurs périphéries croulent sous les déchets de construction. Zoom sur une bombe à retardement écologique.

Sept millions de tonnes. C’est la quantité de déchets que produit, chaque année, le secteur du bâtiment et des travaux publics au Maroc. C’est plus que tous les déchets ménagers (6,5 millions de tonnes) ou encore les déchets industriels (1,5 million de tonnes). Si en théorie toute personne produisant des déchets est responsable de leur élimination, dans la pratique, les opérateurs du BTP se contentent de les décharger en pleine nature. Ni vu, ni connu, en toute impunité. Pourtant la réglementation est bel et bien là. La loi relative à la gestion des déchets et à leur élimination, adoptée en décembre 2006, définit les déchets de construction et les classe en trois catégories selon leur niveau de dangerosité. Ainsi, 70 % des rejets des chantiers sont dit inertes, c’est-à-dire qu’ils ne produisent pas de réactions physiques ou chimiques tels que le béton, les briques ou les céramiques. Le reste est réparti entre déchets non inertes (mais non dangereux) et déchets dangereux. Et chaque type de déchets doit aller dans une décharge spécifique. Si les ordures ménagères sont destinées aux décharges de classe 1, les détritus inertes ou non dangereux doivent être placés dans les décharges de classe 2. Quant aux rejets dangereux, ils sont à disposer dans les décharges de classe 3.

Une loi inapplicable

Sur le papier, le processus est bien établi. Mais en réalité, au Maroc, il n’existe toujours pas de décharges de classe 2 ni de classe 3. Aussi, tous les déchets de construction sont tout bonnement déversés aléatoirement. C’est ainsi que l’on croise d’énormes amas de détritus aux abords des routes, à la lisière des rivières et parfois même en plein centre urbain. Et les conséquences sont catastrophiques sur l’environnement : déshydratation des sols, déséquilibre de l’écosystème, etc. L’absence d’un secteur industriel pour le stockage, le recyclage et le traitement de ces déchets rend impossible l’application de cette loi, qui prévoit pourtant des sanctions plutôt dissuasives : une amende comprise entre 10 000 et 2 millions de dirhams, voire un emprisonnement de 6 à 24 mois pour “quiconque, en dehors des endroits désignés à cet effet, dépose, jette ou enfouit des déchets considérés dangereux ou procède à leur stockage, traitement, élimination ou incinération”. Ces sanctions ne sont quasiment jamais appliquées sur le terrain, comme nous le confirme ce juriste, avec un brin d’ironie: “Si on appliquait cet article à la lettre, tous les promoteurs se retrouveraient derrières les barreaux”.

Le phénomène est en effet généralisé et touche tout le secteur. “Ne nous méprenons pas, il n’y a pas que les petits entrepreneurs qui se libèrent de leurs déchets en toute impunité, tout le monde le fait, même les plus grandes entreprises”, souligne Hassan Chouaouta, président de l’Association marocaine des experts en gestion des déchets et en environnement. En effet, dans les grands chantiers, les déchets sont censés être triés in situ afin de séparer les produits dangereux comme l’amiante, le plâtre, le goudron ou le plomb des autres déchets inertes ou non dangereux. Mais dans les faits, cela n’est effectué que très rarement. Dans les petits chantiers gérés par des entrepreneurs ou par les propriétaires eux-mêmes, ces derniers ne font qu’enlever les déchets de devant chez eux sans jamais se soucier de leur destination. “Sur les chantiers où j’ai travaillé, c’étaient les petites sociétés sous-traitantes qui s’occupaient des déchets. Parfois elles les dissimulaient sur place entre deux cloisons”, nous confie cet ancien ingénieur en génie civil d’un groupe de construction. Dans presque tous les cas, les opérations de nettoyage des chantiers sont déléguées à des camionneurs ou aux kerwilate (charrettes). Un entrepreneur de la région de Marrakech nous explique que “pour se débarrasser des déchets à moindre coût, il suffit de faire appel à un camion de 3 mètres cubes de capacité. Moyennant 200 à 400 dirhams selon l’emplacement du chantier, il vous en débarrasse”. Le camionneur se contente généralement de les décharger dans des terrains vagues à la sortie de la ville. Parfois, il arrive même qu’il les déverse à l’intérieur des centres urbains, dans des terrains loués à cet effet.

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